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Le président de la République Macky Sall a reçu un camouflet de la part des membres du Sénat qui ont bloqué la progression de son idée. Ces derniers n’admettent pas d’être les fossoyeurs de la tombe de leur institution. Comme en commission, ils ont rejeté le texte supprimant la chambre haute du Parlement. Non sans traiter le président Pape Diop de tous les noms.
Macky Sall va devoir revoir sa copie. Du moins, c’est la décision des sénateurs qui lui ont renvoyé son texte en refusant de le voter. Hier, lors de la séance plénière qui a commencé vers 10 h trente minutes, les parlementaires de la deuxième chambre ont rejeté le projet de loi portant la suppression du Sénat. En effet, 44 sénateurs ont voté contre ce projet contre 28 pour et deux abstentions. L’exécutif qui espérait que son projet de loi passerait comme lettre à la poste après les avis des deux chambres, est obligé, après ce refus, de franchir l’ultime étape de la procédure pour voir son plan aboutir. Le projet va passer au niveau de l’Assemblée nationale pour une deuxième lecture qui sans nul doute va aboutir au Congrès qui va réunir et l’Assemblée nationale et le Sénat pour savoir si les 3/5 de ce congrès vont l’adopter. C’est dire 150 parlementaires.
Lors des débats, les arguments n’ont pas manqué pour soutenir le maintien de cette institution tant décriée par une frange de la population. Le verbe était parfois haut. Les diatribes fusaient de partout. Même Pape Diop qui présidait la séance en a aussi pris pour son grade. La Sénatrice Khady Sall, n’a pas mis de gants pour le descendre en flammes. «C’est le président Pape Diop qui nous a trahis en allant voir Macky Sall alors que c’est Abdoulaye Wade qui l’a sorti de sa détresse dans la vente de poissons fumés. Tous ceux qui vont voter cette loi ont volé comme notre président», cogne-t-elle. La sénatrice Marième Wade, la première à ouvrir les hostilités n’a pas manqué de déplorer leur mise à l’écart dans le processus du projet. «Je m’insurge contre la non implication des sénateurs. C’est par voie de presse que j’ai entendu la suppression du Sénat. Les inondations sont de faux arguments. Car depuis 1987, nous vivons sous les eaux. Ce budget du Sénat ne peut résoudre les inondations», dit-elle.
Lui emboîtant le pas, sa collègue, Anta Ndiaye va plus loin dans son argumentation. Elle soutient que cette institution était le seul moyen pour elle de communier avec ses militants. «J’ai honte pour mon pays. Nous n’avions que le Sénat pour nous adresser à nos militants et partisans. Le Sénat est une institution noble. Autant l’élection est légitime autant la nomination est légitime. Cette institution a contribué beaucoup à l’éducation des citoyens», dit-elle. Cheikh Kane, lui, a une autre argumentation, le sénateur, militant du Parti démocratique sénégalais (Pds), estime que sa désapprobation est motivée par une question de logique pour être en phase avec son parti. «La démarche est déplorable. Je ne vote pas cette loi, je suis un militant discipliné. Ce projet est une action politique, donc elle mérite une réponse politique. Les sénateurs doivent être conséquents».
Dans le même tempo, Marie Josée Var souligne que les inondations sont un prétexte «fallacieux». «Les intempéries, c’est une autre mentalité dans la cohabitation, dans la construction et dans l’aménagement. Ce n’est pas ce petit budget du Sénat qui réglera cette question. J’aurais voulu comprendre qu’ils me parlent de suspendre le Sénat pour l’améliorer mais pas pour le supprimer». Pour Sadio Cissé, c’est un faut débat car, pour lui, le naufrage du bateau Le Joola a engendré plus de deux mille morts mais aucune institution n’a été supprimée. Les sénateurs n’ont pas apprécié aussi qu’une frange de la population qualifie leur institution de budgétivore qui n’a aucune utilité pour le pays. Tous les parlementaires qui se sont succédé au micro, ont unanimement affirmé que leur institution mérite autant que l’Assemblée nationale sa légitimité. «Le Sénat n’est pas budgétivore, il est noble comme cela se passe en France et aux Etats unis», dit Amadou Barry. Car ils disent avoir joué les mêmes rôles que les députés pour défendre les aspirations des populations.
PAPE DIOP PRÉSIDENT DU SENAT : «Je regrette une chose, que le Sénat attende la dernière séance pour rejeter une loi pendant 5 ans»
«Ces sénateurs sont mal orientés. Ils pensent d’abord que c’est un combat personnel, ce qui n’est pas vrai. C’est le combat des populations. Aussi, ils ont défendu des positions partisanes, un mot d’ordre de leur parti qui leur a demandé de ne pas voter pour. Je regrette quand il y a une bonne partie de notre population qui se trouve dans des difficultés et que des partis politiques donnent des consignes allant dans le sens contraire du règlement de ce problème, un intérêt national.
Je vois mal que le Pds refuse de voter cette loi. En 2007 nous avons évoqué les difficultés pour reculer les élections. Quand même, je me félicite du déroulement du vote, j’ai vu un débat serein. Mais je regrette une chose que, pendant 5 ans d’existence, le Sénat rejette une loi lors de sa dernière séance. Je regrette profondément cela». Interrogé sur le fait que les sénateurs n’ont pas été associés, il ajoute : «Dès ma sortie d’audience avec Macky Sall, j’ai convoqué les membres du bureau du Sénat pour les informer. C’est tout à fait normal. Dès qu’on a reçu l’information, ils se sont repliés pour voir leurs patrons qui ont par la suite donné des consignes.»
AMINATA TOURE MINISTRE DE LA JUSTICE : «Je suis sûre qu’à terme, ils considéreront l’intérêt supérieur des Sénégalais»
«La prochaine étape c’est le Congrès. Les parlementaires se détermineront, c’est ça la démocratie. Le processus ira jusqu’au bout, je ne pense pas qu’on en arrivera à un référendum. On est optimiste vu la nature des débats aujourd’hui. Le Sénat est déjà partagé et je comprends les sénateurs, que faisant partie d’une institution, l’émotion a dû jouer. Je suis sûre qu’à terme, ils considéreront l’intérêt supérieur des Sénégalais. Je crois que les Sénégalais, dans leur ensemble, veulent qu’on rationalise surtout les dépenses. Les 4 milliards du Sénat sont énormes pour les sinistrés».
Mamadou GACKO